Une fois n’est pas coutume, Pou et moi venons d’être d’accord. Vi, nous regardions une émission sur l’histoire de la télévision et nous sommes tombé d'accord sur l'intérêt premier qu'elle a pu avoir dans les années 60/70.

Cette télévision qui, avant de devenir la pompe à merde qu’elle est majoritairement aujourd’hui (et encore une fois ne te méprends pas, je la regarde aussi très très souvent et j’y trouve mon plaisir dans la cultivation qu’elle peut parfois apporter comme dans la bêtise ou le divertissement agréable hein), cette télévision donc qui dans un premier temps n’émettait qu’en fin de journée.

edmondeEt qui était une invention incroyable. Une télévision qui a exporté un peu de culture dans le salon de nos grands parents, avec des costumes de Roger Hart et des décors de Donald Cardwell. Avec Pivot et ses livres, présentés par les lecteurs érudits et les auteurs eux-mêmes avec des mots simples et des propos intelligents. Avec Armand Jammot, ses chiffres, ses lettres et déjà Patrice Laffont. Avec  le grand échiquier. simoneAvec 5 colonnes à la Une. Bref, avec plein d’émissions dans lesquelles le direct est de mise, le présentateur se doit donc d’être volubile, capable de discourir sur tout, avec ou sans interlocuteur, où il doit avoir un minimum de culture générale pour gérer tous ses invités.

Puis un jour, la télé est entrée dans les cuisine de nos mères et grands-mères, en après midi, au moment où les enfants sont à l’école, où les maris sont au travail et où elles, bien évidemment sans emploi, lâchent leur balai afin de se reposer une instant. Et là où nous nous rejoignons, Pou et moi c’est que malgré tout ce qu’elle est devenue, cette télé a été l’un des piliers de l’émancipation des femmes. En voyant des femmes fortes, intelligentes, libérées et émancipées. Des militantes, des féministes, des femmes justes et porteuses d’une révolution : l’égalité.

elisabethAvec ce nouveau média, les femmes au foyer un peu perdues, un peu esseulées, un peu écrasées par leurs hommes, un peu prêtes à bouger mais sans savoir comment, un peu volontaires mais sans savoir par quoi commencer, ont eu accès à des cheftaines de file dont le discours et les idées n’auraient sans doute pas eu le même impact dans les journaux, (souvent surtout lu par papa et utilisés par maman pour les épluchures de patates d’ailleurs) . La télé a permis à de nombreuses grandes Petites femmes d’avoir accès à de petites Grandes femmes. Entendre Mme Veil, Mme Edmond-Roux ou encore plus tard, Mme Badinter a du leur donner foi en elles, en la Femme, en LES femmes, en leur pouvoir par le nombre, en leurs qualités propres et leur égalité réelle avec les hommes. L’intellect n’est plus réservé aux possesseurs de pénis, la réflexion n’est plus l’apanage des hommes, ces Simone, Edmonde ou autres Elisabeth interpellent le patriarcat français et la télé leur permet d’entrer chez nos mères et grands-mères pour parler à l’oreille des femmes au foyer, avant que leur mari ne rentre à la maison, leur laissant tout le temps de réfléchir à leur condition et à leur envie de n’être plus que celle qu’on leur demande d’être.

Le chemin est encore long et le travail bien loin d’être terminé mais si je peux m’habiller comme je veux aujourd’hui, si je peux travailler, si je peux coucher avec qui je veux, si je peux être une femme libr, si je peux choisir d’essayer d’avoir un enfant, de mener une grossesse à terme ou de l’interrompre, si je peux tenter d’avoir une carrière, si je peux choisir la ou les personnes qui partagent ma vie, si je peux vous écrire sur quelque sujet que ce soit c’est grâce à elles. Aux grandes connues et aux petites anonymes.

Mesdames, Merci.